PAISIBLE
Qui veut la paix prépare la paix
Paisible, le média de ceux qui dessinent des chemins de paix, de la paix intérieure à la paix mondiale
Du courage d’espérer
Souhaiter la paix n’est pas naïf. Souhaiter que les dirigeants des nations parviennent à s’entendre n’est pas un vœu pieu. Souhaiter enfin qu’ils ne commandent pas des frappes ciblant délibérément des hôpitaux, des convois d’ONG ou des habitations civiles ne relève pas de l’angélisme.
Souhaiter la paix est naturel. Le rejet de la violences est une réaction normale d’empathie qui s’appuie sur le besoin primaire de sécurité que chacun éprouve. Cette réaction est celle d’abord de toutes les victimes de ces actes de puissance unilatéraux d’une bêtise aveugle. Elle est celle de tout un chacun face aux informations qui nous parviennent depuis le Proche Orient ou de la bien plus proche Ukraine. Le psychologue américain humaniste Abraham Maslow a hiérarchisé en 1943 cinq besoins fondamentaux de l’être humain, le premier étant le besoin physiologique (se nourrir, dormir, boire, se reproduire, etc) et le deuxième le besoin de sécurité (avoir un toit, la santé, et une certaine stabilité). En dépit du droit international prohibant les exactions délibérées contre des civils, les conflits actuels en Afrique, en Europe ou au Moyen Orient désolent par leur violence débridée et assumée contre des civils non-armés. Le rejet et la condamnation de ces actes est plus que normal et psychologiquement sain.

Souhaiter la paix est moral et ambitieux. Dire que la violence ne résout rien, qu’elle est le dernier recours de l’incompétence n’est pas un truisme creux. Il est bon de l’entendre, de le lire encore et encore. De Tolstoï (De l’inutilité de la violence) à Asimov (Le cycle de la Fondation), de nombreux auteurs ont condamné sans réserve la violence non seulement au plan moral mais aussi politique. La violence est un manque d’imagination, une faillite dans la capacité d’anticipation qui fait un bon gouvernant, un aveu de faiblesse, une incompétence. La violence est la négation de l’altérité, du principe kantien d’égale dignité des êtres humains mais aussi de la politique comme science du « bon vivre ensemble ».
Si nous nous détournons des informations et préférons ne pas voir ces violences, c’est par un instinct d’auto-préservation. Notre sentiment d’impuissance, qu’elle soit réelle ou supposée, face à des horreurs parfois lointaines suscite un sentiment de culpabilité dérangeant. D’une part nous ne savons pas quoi faire pour stopper ces violences et d’autre part nous relativisons avec une certaine gêne nos difficultés au regard des souffrances éprouvées par les victimes. Une solution simple et radicale est de ne pas s’exposer à ce qui rend réel ces événements à savoir l’information.
Nous commettons alors plusieurs erreurs. D’abord en mésestimant notre capacité d’action, présupposant notre omnipotence théorique et orgueilleuse sur le réelle et omettant les possibilité d’action en soutien des civils, même à distance, grâce à internet et aux relais associatifs. Ensuite en pensant que l’on puisse échapper totalement à l’information relatives à des conflits d’ampleur. En se détournant des médias, l’on ne se préserve que des détails indispensables à la construction d’une opinion intelligente des évènements sans se protéger de l’effet démoralisant de l’écho de mauvaises nouvelles rapportant de réelles tragédies. La position la moins défaitiste reste d’affronter le réel, de s’informer auprès de médias de qualité, sans urgence ni raccourci pour réfléchir aux causes, aux conséquences et aux actions envisageables face aux évènements. Si cela demande une disponibilité dont tout le monde n’a pas le luxe, des efforts sont possibles pour lutter contre les mécanismes addictogènes de certains divertissements et libérer ainsi un nouveau temps. Souhaiter la paix devient alors une ambition personnelle qui interroge notre vie au quotidien.
Souhaiter la paix est réaliste. Oui, n’en déplaise aux adeptes de l’école du réalisme des relations internationales, la paix est un impératif si nous souhaitons vivre ensemble dans un monde dont le climat se réchauffe. Le cynisme politique a des limites. Tout comme la tolérance des populations à la faillite morale des décideurs. Les dirigeants ne pourront pas imposer un suicide collectif par un déni prolongé ni un narratif se résumant à « mieux vaut eux que nous » qui aurait un effet équivalent. Donald Trump, Vladimir Poutine ou Benyamin Netanyahou ne sont pas éternels et seront remplacés. Présumer du pire quant à leur successeurs n’est pas honnête intellectuellement. Penser que tout dépend de la personnalité de ces dirigeants non plus.
Il n’en demeure pas moins que les situations respectives des pays convergent vers des problématiques similaires : gestion de l’eau et de l’énergie, pollutions intérieures, effondrement de la biodiversité et de l’agriculture, réduction de la croissance, inflation, crise démographique, surendettement. La liste est longue mais les réponses possibles sont nombreuses et nécessairement collectives. Ils appellent a minima une sécurité internationale permettant à chaque pays de mener les transitions nécessaires sans craindre de s’exposer par la vulnérabilité de sa situation. La tragédie doit rester un genre dramatique sans devenir le fil rouge du XXIème siècle. La paix est le seul cadre réaliste permettant à l’humanité de s’organiser pour affronter le changement climatique et dessiner de nouveaux modes de vie.
Innover, entreprendre, échanger pour espérer la paix. Penser, éprouver et mettre en place ces nouveaux modes de vie c’est surmonter l’un après l’autre les obstacles et résistances internes et externes qui s’y opposent. La force de conviction, l’intelligence et l’humilité nécessaires à toute entreprise collective sont évidement mises à rude épreuve.
Les bonnes volontés, les cerveaux et l’envie d’y arriver ne manquent cependant pas. La tendance peut paraître contraire mais la conviction et la nécessité restent les mêmes. Si les premiers échouent, les suivants réussiront. Dans un monde où il faut être fou pour être doux, force est de constater qu’il est commandé par des fous.
Alors rejoignez la bande, les fous de la douceur et de la tranquillité, n’allez plus à cent à l’heure, soyez PAISIBLE.